Connaissez-vous le point commun entre tous les artistes ci-dessous ? James Lavelle, le fondateur de Mo Wax, DJ Shadow, Tom Yorke de Radiohead, Richard Ashcroft de The Verve, Mike D des Beastie Boys, Mark Hollis de Talk Talk, les jeunes qui montent en puissance tels Badly Drawn Boy et Alice Temple ? Réponse : Ils font tous partie de l’un des projets les plus excitants et les plus ambitieux qui soient : l’album de Unkle. Album, auquel ont participé également Atlantique Khanh, Kool G Rap - le rappeur hardcore de New York - et même Jason Newstead de Metallica, est la concrétisation d’un rêve que James Lavelle avait depuis bien longtemps.
Tout commence en 1992 quand James Lavelle, alors âgé de dix-huit ans, monte Mo Wax Records grâce au pactole de 1 000 livres emprunté à son patron du magasin londonien Honest Jon’s Records. A ce moment-là, il était loin d’imaginer que six ans plus tard, son label serait reconnu dans le monde entier, et considéré comme l’une des plus importantes pépinières de jeunes talents que l’industrie musicale de Grande-Bretagne ait jamais produite.
Partant de la scène jazz du début des années 90, la société défriche bientôt des contrées musicaleSuite
s jusqu’alors inexplorées, se forgeant la réputation de mêler avec bonheur des genres musicaux qui ne s’étaient jusqu’alors pas encore rencontrés. Les artistes Mo Wax ont inventé un espace où fusionner des éléments de jazz, de hip hop instrumental, d’électro, de techno et de drum & bass pour concocter des titres originaux aussi bien que des travaux de remix : un espace pour que s’épanouisse une musique échappant aux catégories et aux genres. Comme James l’explique : “J’ai toujours voulu réunir les différentes musiques que j’écoutais quand j’étais petit, et les entremêler pour aboutir à quelque chose qui parle aux gens de mon âge.” C’est cette collusion des styles que le label n’a eu de cesse de développer et de peaufiner. Le catalogue Mo Wax comprend des projets aussi variés qu’Attica Blues, Andrea Parker, DJ Krush, le brillantissime DJ Shadow ainsi que Money Mark et son album exemplaire Push The Button. Mo Wax occupe à ce jour une place tout à fait à part dans la musique populaire.
James Lavelle en tant qu’artiste occupe lui aussi une place tout à fait à part. Il s’est illustré en remixant de ce qui se fait de mieux actuellement, dont “Planet Telex” de Radiohead, “Bittersweet Symphony” de The Verve, “Downer” d’Edwyn Collins, “Where It’s At” de Beck (qui fut sacré “deuxième meilleur remix de l’année” par le NME, en 1996), “Bell Bottoms” de John Spencer Blues Explosion et “Karmacoma” de Massive Attack, pour n’en citer que quelques uns.
En sa qualité de DJ, James a joué en première partie sur la tournée anglaise 1997 de The Verve et de Radiohead. Son collaborateur DJ Shadow jouait quant à lui, en live ses propres titres en tant que première partie principale de Radiohead, sur la même tournée.
En termes de vente, DJ Shadow (né Josh Davis) est le plus gros artiste de chez Mo Wax. Endtroducing…, sorti en 1997 et salué par la critique, est “disque d’or” en Grande-Bretagne et figure au Top 100, toutes périodes confondues, de Channel 4. En 1997, l’album est classé dans le Top 5 de publications aussi variées que The Independent, le NME, Mojo et The Face.
“Le génie est un terme dont on abuse terriblement. Je vous prie de me croire, j’en use quant à moi avec infiniment de parcimonie. Mais ça, ça relève du génie.” The Guardian.
“Un objet de beauté et de joie pour toujours.” Mojo
“Endtroducing… est arrivé, et le hip hop instrumental y a gagné ses moments les plus fous et les plus majestueux… D’aucuns prétendent que le sampling est du vol en matière de création - alors Shadow est le plus grand voleur de tous les temps.” Bilan NME de fin d’année.
Avec Unkle, James Lavelle et DJ Shadow ont uni leurs forces et rassemblé une impressionnante collection de collaborateurs et d’invités, pour aboutir à ce que l’on peut d’ores et déjà considérer comme l’un des albums les plus aboutis de notre époque. A l’origine d’Unkle, il y a les expérimentations studio de James Lavelle avec Tim Goldsworthy et Kudo de Major Force. Ce qui en résulta est l’EP “The Time Has Come”. A ce moment-là, Unkle est un peu plus qu’un projet parallèle, c’est un moyen pour Lavelle de s’exprimer en studio sur un plan créatif, de faire pour le plaisir un morceau contenant tous les éléments qu’il a envie d’entendre. “The Time Has Come” se classe n°1 dans les charts indépendants et y reste pendant plusieurs semaines. Le processus d’élaboration du disque a néanmoins été long et laborieux. Il s’est en effet étalé sur une période de trois ans, car il a fallu combiner les calendriers de collaborateurs et de chanteurs extrêmement demandés. Au finale, la liste des intervenants sur l’album ressemble au Who’s Who musical des années 90. Il suffit pour s’en convaincre de savoir que Richard Ashcroft et Thom Yorke avaient enregistré leurs chants avant l’énorme succès de Urban Hymnset de OK Computer.
Il aura fallu une bonne dose de persévérance et d’amour pour enregistrer des artistes dispersés dans le monde entier, totalement absorbés par leur propre carrière musicale. Pendant ce temps, James Lavelle a de son côté continué à s’occuper de sa propre maison de disque, toujours en quête de nouveaux artistes et de ces visuels uniques qui font toute la personnalité de Mo Wax. Certes, l’album d’Unkle n’a pas été un projet facile à coordonner, mais pour finir, laissons la parole à James lui-même : “Unkle est l’Apocalypse Now des albums. Un disque dont la fabrication fut aussi problématique qu’une épopée cinématographique !”Certes, l’album d’Unkle n’a pas été un projet facile à coordonner, mais pour finir, laissons la parole à James lui-même : “Unkle est l’Apocalypse Now des albums. Un disque dont la fabrication fut aussi problématique qu’une épopée cinématographique !”