Il n’existe pas des milliards de méthodes pour faire avancer la musique, mais l’une d’entre elles a fait ses preuves à de nombreuses reprises : mélanger des styles très différents en apparence pour inventer de nouveaux sons. Qu’il s’agisse de la fusion de la pop et de la musique africaine, du jazz et du hip-hop ou encore du rock et de l’électro, c’est souvent dans le cadre de ces expériences que se profile l’avenir de la musique.
Dans cette veine hybride, on retrouve dans le premier album du groupe franco-malien Donso un subtil mélange d’instruments traditionnels, de textures atmosphériques, de sonorités modernes et de grooves hypnotiques, entre blues malien, transe traditionnelle et electro. Donso se compose de quatre musiciens d’horizons divers qui, en se stimulant les uns les autres, transcendent les codes de ces styles musicaux.
Pierre-Antoine Grison (aka KrazyBaldhead), à la production de l’album, a créé un univers hybride, une sorte d’ovni musical bâti autant sur des matières live que synthétiques. La guitare et le Djele N’Goni de Guimba Kouyaté déroulent leurSuite
groove envoûtant tout au long de l’album, comme par exemple sur “Musow”, avec ses progressions sinueuses et planantes, ou sur “Djandjigui” et son énergie rock.
Thomas Guillaume, au Donso N’Goni et aux percussions, a créé des beats roots qui sont, sur l’album, enveloppés dans des traitements sonores riches et variés. Le son N’goni est comme un fil conducteur qui nous transporte entre le désert malien et les ambiances plus dancefloor des sound systems européens (”Koniya”, “Hunters”).
On retrouve également sur Donso le sublime joueur de Kora Ballake Sissoko, ainsi que Cheick Thidiane Seck, le génial pianiste et maître des musiques mandingues.
La voix de Gédéon Papa Diarra est la cerise sur le gâteau aux nombreuses strates qu’est Donso. Entre la ligne de chant pleine de soul de “Tile Ban” et les accents hip-hop de “Musow”, on constate que le style vocal africain va bien plus loin que le chant scandé et les arrangements de voix traditionnels qu’on lui associe habituellement. Sur Donso, l’alliance de la musique et des voix laisse entrevoir le futur de la musique africaine. Le groupe n’hésite pas à incorporer des sons synthétiques (comme les boucles que l’on entend sur “Baara” et sur “Djama”), tout en faisant état sur “Koniya”, la chanson la plus traditionnelle, de son amour et de son respect pour ses racines. Cette capacité à se fondre dans l’ancien et le nouveau est rare mais, sur Donso, il apparait clairement qu’il s’agit là de l’une des plus grandes caractéristiques des musiciens du groupe.
Pierre-Antoine Grison a apporté ses talents des deux cotés de la vitre du studio. Pour les mixes de l’album, le duo qu’il a formé avec l’ingénieur du son Lucas Chauvière s’est efforcé de laisser à chaque instrument toute la place qu’il méritait, tout en créant un son d’ensemble parfaitement cohérent et massif.
En levant le voile sur le futur de l’African beat, Donso prouve qu’en matière de musique, il reste encore beaucoup de choses à faire et à inventer.
GROUPE DONSO :
Gédéon Diarra
chant
Pierre-Antoine Grison
programmation, claviers
Thomas Guillaume
Donso N’Goni, percussions
Guimba Kouyaté
guitare, Djele N’Goni