Age post- Motown de Detroit, il existe une brochette de brothers qui dépotent au micro et sont aujourd’hui considérés comme la voix de la jeune Amérique. Si ce n’est qu’au lieu de rêver de cieux bleus et de jolies barrières proprettes à piquets blancs, les indisciplinés gaillards de D12 créent des univers irréels où l’on croisent rimes improbables et histoires à dormir debout. Sur son deuxième album flamboyant intitulé D12 World, cette équipe bigarrée au style versatile mixe l’absurdité et le boucan de la vie de ses membres pour concocter un cocktail pour le moins détonnant. Après avoir vendu quatre millions de Devil’s Night(le premier album) dans le monde, ces farouches gaillards de Motor City ont pour mission de redéfinir les critères du hip hop d’aujourd’hui.
Les membres du posse ne sont plus des inconnus : Eminem à la langue ciselée, Bizarre le furibard, Kon Artis le maître du beat, Swift le décontract’ et Proof le roi du freestyle. Le premier album a bénéficié d’un accueil presse dithyrambique. En effet Devil’s Night a imposé D12 comme étant l’un des super-groupes du nouveau millénaire, remarqué par les singles “Purple Pills” et “Fight MusicRSuite
21; et pour ses impayables singeries sur disque comme sur scène. Eminem a beau avoir récolté neuf Grammy Awards et un Oscar (”Lose yourself” extrait de la bande-son de 8 Mile) ; Mister Shady a beau être une vedette de cinéma (8 Mile) et le rappeur le plus populaire de toute l’Amérique, lorsque D-12 est dans la place, Eminem n’est qu’un membre de la bande, rien de plus.
Certes la scène hip-hop de Detroit n’est sans doute pas à l’échelle de New York ni de la Californie, il n’empêche, ceux qui sont impliqués dans le mouvement ne prennent pas le rap à la légère. Ces brothers de mères différentes se connaissent depuis l’époque où il s’agissait juste de rapper pour se faire entendre, à dodeliner de la tête à l’intérieur du fameux Hip-Hop Shop de Detroit. Un lien particulier les unit. Si le groupe était une priorité, chacun des membres a travaillé en solo et a développé des projets parallèles. Néanmoins, il fallut attendre le succès solo légendaire d’Eminem avec Dr Dre pour que D12 ait l’opportunité de sortir de son périmètre.. Il y a pourtant un membre du groupe, un fidèle copain, qui n’aura pas eu le loisir de voir D12 cartonner dans le monde entier : il s’agit de Bugz, un jeune rappeur qui était à fond avec le reste de la bande, mais qui se fit descendre peu après que D-12 a été signé chez Shady Records.
Après la sortie de Devil’s Night D12 a passé bon nombre de jours et de nuits en tournée de par le monde. Et si Bizarre a continué à apporter la poilade, et si Kiniva a continué d’être celui qui ne mâche pas ses mots, il y eut néanmoins du temps pour la réflexion.