Son insolence et sa légèreté trompeuse m’ont toujours fait du bien. Qu’elle s’invite dans les vestiaires des garçons, qu’elle s’efforce de calmer les ardeurs d’un cousin trop sentimental, qu’elle conjure son amoureux d’enlever son imperméable (et le reste) ou l’implore de ne pas lui demander sa main, Clarika s’autorise une liberté de ton qui, on le sait, n’a pas manqué de faire des « petites ». Et moi qui suis si souvent rattrapé par l’esprit de sérieux (un garçon français, quoi !), j’ai bien besoin d’une fille comme ça : fantaisiste sans scrupule, désinvolte jusqu’à l’humour noir, vous serrant la gorge au moment où vous vous y attendez le moins… Une fille qui déjoue les étiquettes trop faciles, trop rapides. Libre comme l’air, en somme. Or quoi de plus salutaire dans un univers musical si souvent formaté ?
C’est en mai dernier que mon compagnon de route Florent Marchet (qui avait déjà signé la composition de « Je t’aimais mieux » sur le précédent album) m’a annoncé la bonne nouvelle : « la fille tu sais » allait s’installer quelques semaines dans son studio. But du « jeu » : Jean-Jacques Nyssen, le complice de toujours, et Florent s’associaient pour signer à quaSuite
tre mains la réalisation du cinquième opus de la demoiselle. Belle idée, me dis-je aussitôt : ces trois-là partagent un goût manifeste pour la pop et le folk des années soixante-dix et la confrontation de leurs univers musicaux promet de l’inattendu…
Témoin ou espion selon les moments, j’ai donc suivi la confection de l’album, découvrant au fil des séances d’enregistrement comment les maquettes piano/voix prenaient corps : ici un clavier Rhodes, là un orgue Philicorda, quelques notes d’autoharp, des sons résolument organiques, un écho à nos chers Belle and Sebastian et autre Divine Comedy ; et puis des partitions cuivres et cordes cinématographiques comme un hommage à John Barry… Et puis la chanteuse a commencé à « poser ses voix ». Et là, ce fut une évidence : la tournée « Joker » était passée par là ; résultat : une interprétation incroyablement décomplexée, un travail en studio où résonnait sans cesse l’énergie du live qui venait de la porter sur plus de deux cents dates.
Quelques semaines plus tard, l’enfant est né et il s’appelle « Moi en mieux ».
Alors autoportrait made in Clarika ? Oui, à sa façon, c’est-à-dire au gré des chemins de traverse qu’emprunte son humour. Plutôt que de se décrire complaisamment, Clarika préfère en effet inventorier tout ce qu’elle n’est pas dans une cavalcade décalée et débridée. Un autoportrait tout autant qu’une galerie de portraits donc. Treize chansons et treize façons de parler d’elle-même sans doute, d’exercer son regard aiguisé et singulier en tout cas. Un trait plus assumé que jamais.Toujours plus libre donc. Clarika ose. Et l’emporte. À la force de son talent et grâce à deux chefs d’orchestre détonants. Il n’y a pas de secret.