Le Pulp et le Dj-ing bien sûr… Ou le parcours d’une fille discrète s’imposant naturellement en valeur sure de la scène électronique internationale. Une jolie histoire quand même… Ce n’est pas si souvent que fragilité et sincérité sont sous les projecteurs. Pas plus d’ambition que celle d’être elle-même, une désarmante exposition de ses faiblesses devenues forces. Comment le doute peut-il être une force motrice. Arrêtons nous sur cette histoire de doute… Les premières productions de Chloé sur le label Karat par exemple. Il fallait justement en avoir pour une Dj en pleine ascension pour sortir un disque comme Erosoft. Bancal, lo-fi, pop et poétique, allant presque à l’encontre de tout ce qui peut sembler nécéssaire au succès pour les idiots… Et pourtant, Chloé obtient la reconnaissance immédiate de ses pairs : meilleurs clubs, plus grands festival…
On pourrait ceder à la facilité de penser que la fragilité de sa musique contrebalance ce que peut avoir de dur une carrière de Dj. Comme s’il pouvait exister deux Chloé: la Dj internationale, sure d’elle, et la productrice exprimant ses failles. Ça serait penser modèle réduit car Chloé va plus loin, elle est aussi au conservatoire, écrit des pièces Suite
lectro-acoustique mixtes ou compose pour des pièces chorégraphiques. Constante recherche d’un équilibre justement fragile entre tant de choses: harmonie/dissonance, répétition/cassure, complexité/spontanéité, corps/esprit, électronique/acoustique… Des questions que pas tant, ni assez de producteurs se posent. Peut-être qu’on doit voir “The Waiting Room” comme des début de réponses. Ce disque est d’abord une belle résolution de l’équation, chère à nous tous : l’éloignement maximal des structures clubs classiques danse avec pour limite le dancefloor-infini. Donner le tournis à des dancefloors vissés à leur propre conformisme, voila une attitude
salutaire.
Et puis Chloé parle de choses plus intimes qu’elles ne le paraissent: l’amour avec un grand ou petit a, les fantômes qui nous habitent, le bonheur à trouver alors que le temps passe Around the Clock, la mort ou les contrées encore moins proches. Le discours est dans sa forme, le moins érudit possible. Chloé veut toucher, et surtout ne pas intimider. Si elle
joue, mélange, détourne, c’est pour éviter ce qui justement ne touche plus personne : les expérimentations forcées d’une électronica hermétique, les formules “prêt-à danser” d’une dance music commerciale. C’est donc bien d’émotions dont on parle, mais d’émotions à partager. Encore une fois, cette fille discrète risque [gros?] à se dévoiler. Album intime pour grand public, il fallait le faire. Chapeau.